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Avant de courir ce trail de 25 km, j’avais quand-même des appréhensions, ou plutôt une appréhension…la température qui était tombée bien en dessous de 0. En partant de Bruxelles on pouvait espérer que la température de -10°C monte encore un peu jusqu’à 9h30, heure du départ du Trail des 3 Vallées. Mais non, elle descend encore et on se retrouve avec -14°C.

Il y avait quand même un petit moment d’hésitation quand nous avons été chercher les dossards. Et si je faisais tranquille le 11 km? Mais mon chéri me dirige dans la file de 25 km, j’accepte donc le dossard en tremblant de froid (ou de peur?), je me retourne et qu’est ce que je vois: deux jeunes hommes avec leur tenue d’été, c’est à dire avec des shorts! J’avais compris, il fallait faire comme s’il faisait chaud. Finalement tout est dans la tête! Je me chauffe les neurones en visualisant Jenn Shelton qui cours des marathons en bikini et Mike Horn qui trouve qu’il fait agréable dans une tente à -40°C…

Je pars donc avec mon mec (la première fois nous deux ensembles!) tranquillement. Bon, pour lui c’est tranquille, pour moi c’est un départ (trop) rapide. Après un ou deux kilomètres, tout le monde fait la file, tiens ça me rappelle Sierre-Zinal, mais la montée qui suit est moins longue…Je discute Minimalisme avec Christophe et puis continue pour le laisser filer et pour laisser passer mon chéri, que je retrouverai à l’arrivée. Je me sens bien, ce début rapide m’as bien réchauffé, et le trail est à moi, le soleil qui fait des jolis dessins à travers les arbres, la neige éblouissante, les lacs gelés. Tout ça je le respire et je trouve mon rythme.

Après un quart du trajet je trouve un compagnon de route. Malheureusement je ne peux pas vous dire comment il s’appelle ni de quoi il a l’air de devant, puisque je l’ai presque que vu de dos. Je n’ai pas que été derrière lui, mais quand on est devant on n’a pas trop l’occasion non plus de voir à de quoi un autre traileur à l’air. Je découvre qu’en montée c’est ce compagnon au camelback turquoise Salomon qui est plus fort. Je me demande si c’est lui qui a choisi ce modèle ou plutôt sa copine. En descente c’est moi qui prend les devants. On se complète bien, même si on ne se parle pas. On pourrait dire que notre communication passe par les pieds.

Sans doute c’est dû aux hormones, plus je cours plus j’ai des idées curieuses, rigolotes et quelque fois vraiment transcendantes (si, si c’est vrai), mon cerveau est dans le flow. Je me dis qu’il y plein de choses qui restent à inventer en matière d’équipement de traileur et de traileuse…. Par exemple: comment faire quand ta bouteille d’eau ou ton camelback que tu porte avec toi est gelé. Pour le trail des 11 km pas de souci, pour les 25 km c’est déjà moins gai mais pour les 35 km c’est carrément comme la traversée du désert, sauf qu’il n’y a pas de sable mais de la glace partout. Donc un thermos ultra léger avec couvercle sport, ce serait pratique. Je me dis aussi qu’on devrait inventer un genre de camelback sous vide pour qu’il n’y a plus de danger pour confondre un traileur avec une machine à laver. Finalement je suis contente avec ma ceinture et mes petites bouteilles, que je peux dévisser pour pouvoir déguster un cocktail sans alcool « on the rocks ». Ah oui, une autre invention à faire: des chaussettes respirantes, chaudes mais imperméables…utile dans des chaussures minimalistes en général pas imperméable. J’en ai encore une (et puis j’arrête, j’en aurai encore plein…pendant 25 km on a le temps d’inventer de tas de choses): des bouteilles de gel réutilisable sans bisphénol-A (c’est mauvais pour les neurones), parce que c’est compliqué et chiant de mettre du gel fait maison dans un sachet de compote pour enfants…

J’ai volé haut avec mes considérations et je suis tombé bas, plus précisément à plat ventre dans le feuillage et la neige. Je serai bien resté couché, finalement c’est reposant. Le trail me rappelle à l’ordre, c’est ici et maintenant que ça se passe ma fille. Je regarde si mes articulations fonctionnent toujours, mon compagnon de route anonyme au camelback turquoise se retourne – je vois son visage, enfin sa barbe –  il me demande si ça va. Je le rassure tout de suite et lui fait un sourire un peu gêné…Heureusement je me suis pas pris la plaque de glace énorme que j’avais vu en dernier moment au début du trail. L’autre coureur qui ne l’avait pas vu a terminé à l’hôpital apparemment. Allez, on se reprend, on se concentre pour les 10 dernier km.

Petite parenthèse minimaliste: ce que je n’avais pas pensé, c’est que quand il fait -14°C, le sol est très dur, comme du béton. La boue s’est transformée en bosses et fosses traîtres. J’ai donc couru ce trail sans trop d’appréhensions à ce niveau là. Mais à cause du sol gelé, de la glace et de la neige, il y a des parties très techniques qui ne pardonnent rien, il faut scruter le sol et se concentrer à 100%.

Pendant les 5 dernier kilomètres (après un dernier mur inattendu) je devient un peu impatiente, je veux que ça finisse. Le seul moyen que ça finisse vite, c’est avancer le plus rapidement possible. C’est ce que je fais et je martèle le mantra « le spaghetti bolo est à moi », qui semble un peu simple mais pour moi à ce moment du trail ça veut dire beaucoup!  Cette course a passé à une vitesse incroyable, presque trop vite…L’année prochaine pour le Trail des 3 Vallées je ferai bien les 35 km. Mais il faudrait d’abord que je travaille ma vitesse un peu…


5 commentaires sur “Trail des 3 Vallées – Trail des Aventures”

  1. Ursula

    Incroyable, quelle aventure! La description du trail, les sentiments, les experiences…. un résumé sympa, amusant et sérieux en même temps, ultra bien, top, bravo Tess!
    Dä Artikel isch dr Hammer. D Teilnahm am Louf muetig, d Beschriebig innovativ, interessant…. super guet gschriebe. Ig freue mi scho uf e nächscht Bricht.

  2. Tito

    Excellent !!! j’adore, comment fais-tu pour en parler si bien ? c’est vraiment une belle facilité ! aplus pour de nouvelles aventures.
    Biz
    Tito,

  3. Tess

    Merci pour « les fleurs », mais je n’ai pas trop de mérite, car courir et écrire c’est deux choses que j’aime faire, donc c’est plus facile d’être dans le « flow »!

  4. Enca

    Bravo pour cet exploit!
    Je t’embrasse, Nk.


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  1. Plic ploc: les Relais Givrés, Interview minimaliste, documentaire sur un marathonien etc. | Shiva la traileuse

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