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Un peu folle diraient les uns, juste inconsciente diraient les autres. Oui, c’est vrai je me suis décidée de faire le marathon de Bruxelles 5 semaines avant. Mais je m’étais quand-même entraînée pour la course de Sierre-Zinal en Suisse, qui a eu lieu le 15 août. Et je m’entraîne en moyenne 3 fois par semaine depuis un an et demi. Donc je ne partais pas de rien. Finalement je me sentais assez en forme deux semaines avant le marathon. Et puis j’ai attrapé une sorte de virus, je me sentais très fatiguée j’avais mal au jambes, je ne dormais pas bien et je ne pouvais pas m’entraîner comme je l’avais imaginé.

Tout cela pour dire que j’avais des appréhensions avant de partir pour la grande course. Arrivée le matin du jour J, j’ai fait abstraction de mes doutes et je me suis concentrée sur l’essentiel: manger, m’habiller, ne rien oublier, boire de l’eau etc. Au moment du tir de départ, je ne suis pas vraiment dans mon assiette. J’ai dû faire la fil pendant 20 minutes pour les toilettes, j’ai eu juste le temps de me mettre près des pacers de 4h30 et enclencher mon cardio…et c’est parti.

Au début je regarde au tour de moi pour voir qui vont éventuellement être mes compagnons de route pendant une demi-journée. Et puis je regarde mon cardio qui monte déjà trop haut après quelques kilomètres. Mon homme et moi, nous avons fait le calcul, que mon pouls ne doit jamais dépasser 159, en tout cas la première partie. Je fait donc comme on a dit, même si je trouve que je pourrais au moins courir deux fois plus vite et que plein de coureurs me dépassent. Je commence même à me demander si mon cardio ne déconne pas.

Il fait très chaud, pour un dimanche matin en octobre (d’ailleurs il n’a jamais fait aussi chaud en Belgique en octobre), le soleil brille, heureusement j’ai mis une casquette. Comme un élève sage je prends mon gobelet d’eau toutes les demi-heures. Après les premiers ravitaillements je prends à chaque fois un deuxième gobelet pour me mouiller la tête et les épaules. Après 20 km, quand il y a Michaël, et mes deux enfants qui m’attendent, je me sens encore fraîche comme une fleur, plein d’énergie, je sautille avec mes Saucony Hattori, je leurs donne vite des bisous et repars toute contente continuer mon marathon… je passe déjà l’arche qui marque la moitié.

Et puis c’est une autre histoire qui commence…vers le 24ème ou 25ème kilomètre, je commence à avoir mal au jambes, un peu partout, surtout près des genoux. Je continue, pense à autre chose et ne regarde plus mon pouls, comme Michaël me l’a conseillé juste avant. Je vois déjà des gens faiblir, ils respirent comme des dark vadors asthmatiques… je sais c’est pensée un peu petits, mais ça me donne la pêche quand même. Je papote aussi avec un Monsieur sympathique quand je retourne du parc de Tervueren, mais je sens que ça devient franchement dure pour mes petites jambes, je commence à sentir que tout mon corps doit amortir les chocs du macadam. Cependant je n’ai toujours  pas mal au dos ce qui m’étonne.

Surprise, mon homme m’attend au même endroit, après la boucle de 10 km. Je lui dis juste « je suis moins frais et dispo… » égal « je n’en peux plus, j’ai mal, je veux rentrer ». Il court alors juste à côté de moi me raconter autre chose et puis me dit « à toute suite à l’arrivée ». Oui, oui c’est ça… il y a juste encore 10 kilomètre à faire, c’est faisable…j’ai quand même du mal à me convaincre. Et puis il y a la musique qui me sauve, je mets les bouchons et mets le volume à fond, je me replie sur moi-même. Je ne veux plus rien savoir de ce foutu marathon, je veux que ça finisse…donc je cours. J’avale les kilomètres, je ne sais plus à combien je suis, je veux pas le savoir. Quand je me fais presque renverser par une ambulance qui passe à deux centimètres de moi, je rigole toute seule en pensant que ce sera quand-même ridicule de finir dans l’ambulance qui t’as écrasé.

Je ne sais pas par quel miracle mes jambes me portent, même que je double plein de coureurs, elles vont toutes seul mes jambes. Avec ma musique j’arrive à dissocier le corps de l’esprit, ça doit être ça. Sur les derniers kilomètres j’éteins la musique, je veux savourer l’instant, puisque maintenant je suis sûre de devenir une marathonienne. Je gambade, je vole, j’entends les gens applaudir, je suis heureuse, fière, j’ai super mal. Heureusement mon homme est à l’arrivée, j’ai mes émotions qui me submerge complètement, je sanglote dans ces bras, je ne comprend pas ce qui me prend. Heureusement il est là, il me sert de béquille il prend les boissons et les gaufres pour moi, quelqu’un me mets la médaille au tour du cou. Bizarrement je suis vidé pas que dans mon corps mais aussi dans ma tête, je ne parle pas, je ne pense pas. Michaël fait tout.

C’est seulement plus tard que je regarde ma médaille que je me dis que je me suis dépassé moi-même. Je me suis rendu compte plus tard que dans ma tête j’avais toujours l’image que j’allais finir ce marathon, cet image mental était fixé dans ma tête et ne m’a jamais quitté. C’est par la seule force de la volonté que je suis devenu une finisher de marathon.


7 commentaires sur “Mon premier marathon”

  1. Michael

    Eh bien pour moi évidemment le mari, la journée était vraiment très différente. Un autre marathon….

    9h00 : Je dis au revoir à ma chérie et lui souhaite bonne chance sur le palier de notre maison.

    10h15 : je suis avec mon fils au parc royal pour sa course de 1km pour les enfants. Super ambiance!

    11h00 : Avenue de Tervuren au kilomètre 20 avec toute la familia pour encourager la future finisheuse. Elle arrive avec un grand sourire. Trop cool!

    12h00 : 32km. Je suis à nouveau présent pour courir 1km avec elle. Moment magique pour moi mais je sais qu’elle souffre et que maintenant c’est au mental qu’elle va terminer. Le but du jeu : l’encourager et la distraire, vraiment pas facile.

    13h00 : Je suis grand-place à l’arrivée pour l’acceuillir et franchement j’ai pas cru que j’y serais à temps. Ouf!

    Quel marathon! Même pas mal aux jambes. lol

    Le mari, coach.

  2. Tess

    Coucou Michaël,
    Maintenant on connais les deux côté. C’est bien, cela permet de mieux comprendre l’autre et de vivre l’événement, même si on fait pas la course.

  3. Fanfan

    Avant de lire ce texte, je me rendais pas vraiment pleinement compte de la prouesse. Quelle expérience, ça donne envie de courir (après autre chose que les filles, je veux dire!)…

  4. Tess

    Ça me plaît que ça te donne envie de courir mon petit Steph. Et peu importe la motivation…courir après les filles au parc, c’est courir aussi ;-) !

  5. Lucie

    Bonsoir,

    J’ai une petite question : faire un marathon signifie le boucler en courant toujours ou il est normal de faire des pauses en marchant de temps en temps, voir régulièrement ? Je parle pour des amateurs bien sûr, et notamment pour un premier marathon.

  6. Tess

    Salut Lucie,
    Disons qu’un marathon c’est à priori une compétition qui fait partie du sport course à pied. Mais à chaque ravitaillement (en général tout les 5km) souvent c’est obligé de marcher ou de s’arrêter, parce que boire d’un gobelet en courant c’est difficile. Aussi, un marathon se cours tranquillement (je parle pour les amateurs). Il faut que tu regarde s’il y a un barrage horaire, c.à.d. qu’il y a un temps maximum pour le faire. Bonne continuation!

  7. Lucie

    Merci pour les précisions…. et pour le sympathique blog !


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